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dimanche 20 janvier 2013

Mes lectures #4 : "Et devant moi, le monde" de Joyce Maynard


Livre chaudement recommandé par ma chère Maureen, je me suis jetée dans la lecture de "Et devant moi, le monde" à corps perdu. Dès les premières pages, j'ai été happé par l'autobiographie de Joyce Maynard, grande journaliste et écrivaine. Une de ces personnes qui force l'admiration, par son destin difficile et à la fois, brillant.

Voilà longtemps qu'un livre ne m'avait pas tant chamboulé. Tant et si bien que je n'arrive pas à ouvrir un autre livre, pour l'instant. 
Je me sens encore imprégnée des mots et des sensations de l'histoire de Joyce, d'une vie qui oscille toujours vers un gouffre, sans que jamais elle ne baisse les bras. Par cette nouvelle lecture, j'ai retrouvé le plaisir de lire une autobiographie, d'être confrontée à un autre "je", à une autre individualité. Et comme souvent lorsque l'on lit ce type d'ouvrage, on se sent bien petite, face à ces Grands, comprendre ces gens prestigieux, qui façonnent le monde et le rendent si intéressant. 

Encore un destin puissant de femme, comme je les aime. Je peux affirmer, à présent, que Joyce Maynard figure sur le tableau des femmes que j'admire. Ce tableau de mes modèles de femmes accomplies. 

Partant de sa plus tendre enfance, pour finir sur sa vie de femme, on comprend que la trame  principale de son histoire se compose presque quasiment de son histoire d'amour avec J-D. Salinger. Avec qui elle aura une correspondance pendant un temps, suite à la publication d'un de ses articles dans le New York Times à l'âge de 18 ans, sur la société et les interrogations d'une génération. Ils seront, ensuite, emmenés à se rencontrer et vivre ensemble.

Il ne serait pas assez fort de dire que son histoire avec J-D. Salinger m'a bouleversé. Elle a fait naître en moi des sentiments contraires comme la compréhension, la compassion, puis la rage, la colère et la haine. Restant assez neutre sur cette histoire, le tableau qui est dépeint de l'auteur est peu glorieux, hormis l'admiration et l'amour qu'elle lui porte aveuglément, le personnage est exécrable. D'autant qu'il y a quelques années, alors que j'essayais de lire "l'Attrape Coeur", j'ai eu vite fait de reposer le livre rouge auquel je ne trouvais aucune teneur, elle m'a conforté dans mon idée. Il est clair à présent, que je pourrai difficilement ouvrir à nouveau un livre de Salinger sans penser au profil décrit par Joyce Maynard!

Je me suis identifiée à cette femme, même si ses idéaux de vie n'était pas forcément les miens. J'évoluais dans sa vie, au milieu des mots et elle a suscité en moi la fascination et l'admiration. 
Ce livre m'a plusieurs fois permis de faire des bilans sur ma vie, sur ce que je voulais en faire, sur mes ambitions. Joyce Maynard possédait un don pour l'écriture dès sa plus tendre enfance. J'aime la manière dont elle parle de l'écriture, comme d'une discipline pour laquelle elle est douée, mais pour laquelle elle ne prend pas de forcément de plaisir. Ce faux narcissisme, toujours atténué par la modestie et la simplicité de Joyce, m'a réellement impressionnée.
Joyce Maynard m'a appris à travers ces pages que l'on pouvait écrire sur tout. Ainsi durant sa vie de journaliste elle a été amené à écrire sur tout type de sujet avec brio, captivant des milliers de lecteurs. J'ai ainsi revu mon élitisme (une peu), on ne se refait pas, à la baisse et cela a renforcé mon admiration pour elle.

Cette autobiographie m'a rappelé combien il était vital pour moi d'écrire et m'a donné l'envie d'atteindre ne serait-ce le quart de la carrière de cette femme. Mais aussi de posséder la force dont elle fait preuve face aux obstacles de la vie. Les sentiments exprimés sur le papiers sont puissants et spirituels. 

La qualité de cette autobiographie est servie par une écriture fluide, grâce à une très bonne traduction, agréable à lire, qui tend, vers la fin, vers une écriture que j'ai trouvé plus nostalgique, plus distancié.

Les toutes dernières pages du livre sont réservées à l'article publié dans le New York Times, par la jeune Joyce, dans son intégralité. Cet article que j'ai eu envie de lire dès les premiers instants où il est évoqué dans l'autobiographie, celui même qui a déclenché la correspondance entre Joyce et J-D. Salinger. 

Et je peux vous dire que je n'ai pas été déçue. L'article est vibrant de réalité et de lucidité pour un si jeune âge, on ne peut qu'en être éblouie et fasciné. Même si elle avoue lire cet article, des années après, avec une certaine tristesse face au mal-être de cette jeune femme qu'elle était et une certaine gêne de s'être ainsi fait porte parole d'une génération. Pour ma part, je la trouve bien trop dure avec elle-même, cet article est une merveille. 
Il peut s'appliquer, selon moi, à toutes les générations, avec des éléments différents bien sûr, mais cet article est la représentation même des questionnements que l'on se pose à la majorité, à la place que l'on a dans la société et l'identification même de cette société, de ce qui nous révolte en elle.

Bon, vous l'aurez compris, je suis intarissable sur ce livre et il est un incontournable, selon moi. 

Je souhaite remercier et féliciter, ceux et celles qui auront tout lu et qui seront arrivés à ces dernières lignes. On se retrouve vite pour un look! Bon dimanche à vous! ♥


Quatrième de couverture : "En 1972, le New York Times Magazine publie l’article d’une étudiante, Joyce Maynard, sur sa génération. Succès. La jeune femme est repérée par J.D. Salinger, de trente-cinq ans son aîné. Séduite par l’auteur énigmatique de L’Attrape-cœur, elle s’enferme avec lui dans une relation aussi brève que destructrice. Vingt-cinq ans après, celle qui est devenue écrivain tente d’exorciser son histoire."

lundi 17 septembre 2012

Je lis donc je suis : "Etre" de Jane Crapet


C'est un épisode de "Je lis donc je suis" bien particulier que vous vous apprêtez à lire. Un projet qui me tenait à coeur de partager avec vous.

Lorsqu'une lectrice m'a contacté pour me présenter son premier roman, sous l'énigmatique et poétique pseudonyme de Jane Crapet et après avoir reçu quelques extraits, je n'ai pu qu'adhérer au projet. 
Car comme j'aime faire découvrir les petits créateurs que je déniche, il en va de même avec les jeunes écrivains. Passionnée de littérature, je ne peux qu'encourager cette démarche et cet accomplissement qu'est la publication d'un premier livre. 

Pour cela, la demoiselle a besoin d'un coup de pouce, il faut que 100 personnes achètent son livre virtuellement et il sera publié, si ce n'est pas le cas, les gens seront remboursés.

Mais laissez moi vous parler de ce roman entre réflexions philosophiques sur la vie et sur l'Homme et aventure étrange, mêlant situations charnelles, effrayantes, émouvantes. 
L'auteur par sa plume aiguisée, nous guide à travers les yeux d'un homme lambda, vide de tout passé, renfermé sur lui-même qui va apprendre à se redécouvrir. D'ailleurs son titre même suscite l'ambiguité, "Etre", à la fois synonyme d'exister et qui désigne aussi l'être humain. 

C'est un roman à la première personne et un roman de la sensation que Jane Crapet nous livre là. Les longues et métaphoriques descriptions nous remmène au coeur même de nos propres sensations, nos propres peurs et appréhensions dans la vie. C'est une rencontre, un regard à travers l'autre, un lieu indéterminé et vide de souvenirs qui aideront l'homme à se reconstruire, à s'emplir de son lui profond, à nouveau. A l'image d'un nouveau né, d'une remise à zéro. Comme des chocs parfois si forts que l'on souhaite tout oublier, la renaissance de cet homme révélera bien des mystère enfouis. Une intrigue qui s'articule lentement, comme une convalescence, comme une porte à la serrure depuis trop longtemps rouillée. Ce livre nous parle de la longue quête qu'est le but d'une vie et la remise en question que nous faisons tous sur nous même.

J'aimerai vous en dire plus et je dois dire que j'ai très envie d'avoir en ma possession ce livre. J'ai aimé la touchante description de la jeune auteure à propos de ce premier livre : "Cet ouvrage, le premier que j’ai réussi à achever est comme un organe, quelque chose qui poussait en moi et qui me gênait, à l’intérieur, qui a mis du temps à murir et que j’ai du extraire pour ma santé." Un roman écrit à l'encre de la vérité et du coeur. 


Afin de vous mettre l'eau à la bouche, je souhaitais vous mettre deux petits extraits que j'ai aimé :


"L’autochtone de ce foyer, entre un rien étant et un rien faisant s’approche de sa porte, étonné ; surpris d’être l’objet d’attention d’un autre quelqu’un. Notre homme qui est un homme laisse alors son cerveau en pause quelques secondes, imperceptibles, en cessant d’accorder quelque intérêt que ce soit à son bulbe d’idées et songes. Puis, reprenant conscience de la situation, il se mit à réfléchir à chaque impulsion. Chaque commande pour conduire son corps à répondre à la stimulation causée par le bruit. Ce qu’il s’apprêtait à faire lui paraissant aussi naturel et agréable que de s’étendre pour nager nu, les plaies béantes, dans un marais de clous rouillés. Lentement, comme la procession l’exigeait, il leva son bras, ordonnant aux impulsions nerveuses d’effectuer leur besogne. Les secondes au compte-gouttes, les informations passèrent aux membres. Le bras droit se raidit, l’avant-bras se tendit pour décrocher la main de sa raideur. Désormais modelée de sorte à imbriquer l’embout de la poignée, la main s’y accrocha de telle sorte qu’elle en fit le prolongement artistique du bras. Serrant fermement le globe, ses doigts de toutes parts serraient l’appendice."


"Ce soir-là tu voulais l’emmener danser. Elle en rêvait depuis votre rencontre parce qu’elle aimait valser d’amour mais ce n’était pas ton cas. Ce soir-là tu lui avais préparé une soirée, sa soirée, un diner aux chandelles préparé d’amour assaisonné de tous les petits plus dont tu étais capable tu désirais la re-séduire, une danse du ventre imaginaire, la rendre belle et épanouie, elle rayonnait. Tu t’es levé d’un pas lent sans couper le contact visuel, ton regard vissé dans le sien. Tu n’avais de cesse de respirer lentement, de maitriser chaque respiration et pourtant tu haletais. Tu lui faisais la cour d’une tournure imperceptible, tout se passait entre vous, dans le plus intime des cadres, dans vos yeux. Une tension sexuelle, un désir charnel s’installait de plus en plus fort entre vous à mesure que les secondes s’écoulaient. Tu laissais tes pas glisser dans l’atmosphère comme s’il était empli d’une épaisse fumée pour l’atteindre. Ils se faisaient légers, doux et silencieux pour ne pas perturber ce moment privilégié. Son parfum te saisissait et tu sentais les cheveux microscopiques de ta nuque se lever à mesure que tu laissais son odeur te pénétrer. Des frissons parcourant tes flancs à une vitesse folle. Tu luttais pour n’en rien laisser paraitre et, à pas feutrés, à pas de loup, tu continuais ton avancement.  Vos regards étaient en communion, si bien que vos êtres ne faisaient plus qu’un, vos corps auraient pu rester ici, là, vides, vos esprits et vos êtres étaient ensemble dans un lieu exceptionnel, un endroit primé pour abriter votre trésor, votre amour saisissant et vibrant. Tu as finalement parcouru le peu de chemin qui te séparait physiquement d’elle et tu as tendu la main vers la sienne en attendant patiemment qu’elle la saisisse."


Si comme moi, je l'espère, cette plume délicate et ce livre vous plaisent, il vous suffit de parier 9 euros sur cette oeuvre. Ça se passe par ICI grâce à la confiance des éditions Libre Label. La jeune auteure à quelques mois pour convaincre, donnez lui sa chance!  

On se retrouve vite avec un look au cadre encore ensoleillé et quelques souvenirs de cet été! Bonne soirée à tous et bon début de semaine!  ♥    

jeudi 23 août 2012

Mes lectures #3 : "Le tribunal des âmes" de Donato Carrisi


On ne quitte pas Rome ou presque. Nouvel article sur mes lectures, cette fois c'est un thriller qui nous amène dans le dédale des rues de la capitale italienne. 

Tous les étés, c’est une tradition j’aime m’adonner à la lecture d’un ou plusieurs polar. L’année dernière, je découvrais Donato Carrisi et son premier thriller « Le Chuchoteur » qui m’avait tenu en haleine jusqu’au bout. Alors, quand j’ai vu que l’auteur avait récidivé et publié un nouveau thriller je me suis ruée dessus sans hésitation.

Et je ne suis pas déçue, jusqu’à la dernière page, j’ai été épaté et captivé par une intrigue aussi bien menée. L’auteur révèle les secrets du Vatican en prenant le contexte des "pénitenciers", ces prêtres qui travaillaient marginalement et parallèlement au travail de la police dans des enquêtes d’homicide. Ils recueillaient souvent la confession des pêcheurs et les dissimulaient dans des archives appelées aussi « tribunal des âmes ». Je découvrais ce contexte intriguant et que je ne connaissais pas, entouré de mystère et de secrets. J’ai eu plaisir à retrouver l’ambiance de Rome à travers les mots et les descriptions, je me figurais plusieurs places et lieux visités cet été.

Le thriller nous fait suivre pas moins de trois enquêtes principales. Passant de l’une à l’autre avec une fluidité déconcertante. Des personnages très peu décrits laissant libre court à notre propre imagination, mais des personnages doté d’une profondeur rare, auxquels on s’attache et l’on s’identifie inévitablement. C’est finalement leur profil qui m’a permis de modeler leur visage dans mon imagination.

Un thriller facile à lire et un auteur qui sait manier les mots. Des mots qui s’insinuent jusqu'au coeur de nos propres peurs, la mort, les coïncidences, la folie d’un être qui nous parait totalement normal. Ces personnages nous proposent, au delà de l’enquête, des réflexions très actuelles et justes. J’aime cette profondeur d’écriture qui me laisse haletante et me tient en haleine.

Dans un style qui lui est propre et qui m’a grandement rappelé son premier thriller, Donato Carrisi nous mène à une pseudo-fin à laquelle je dois dire je m’attendais un peu. J’avais plus ou moins deviné la fin de l’enquête à ma grande déception. Mais c’était sans compter le don de l’auteur pour les coups de théâtre et jusqu’à la dernière page, je ne m’attendais certainement pas à ça. 

Il nous laisse ainsi sur un doute, sentiment insupportable et à la fois délicieux. Un sentiment qui ne peut signifier pour moi que la fin d’un très bon polar !

Voilà, j'espère que ce nouvel article "Je lis donc je suis" vous plaira! 

Peut-être que certaines l'auront vu sur facebook ou twitter, mais mon Nikon D40 est en panne (un problème au niveau du déclencheur), résultat renvoi à Nikon pour réparations. Du coup il sera de retour dans 3 semaines tout au plus! J'espère que vous comprendrez le ralentissement des looks et des articles, plus culture, voyage ou coups de coeur. Merci de votre compréhension! ♥

Sinon, je m'en vais demain matin pour Paris, avec l'amoureux, pour 3 jours de Rock en Seine et 3 jours en plus de détente à Paris! Dernière semaine de vacances, nous voilà!
 

jeudi 2 août 2012

Mes lectures #2 : "Ombres Chinoises" de Lisa See


Pour mes quelques lecteurs épars qui restent et me lisent encore, en ce dur mois d'août, je continue à poster! (faites-moi un siiiigne, je me sens de plus en plus seule par ici! Mais profitez de vos vacances surtout, au lieu de répondre à mes caprices.) 

Deuxième article sur mes lectures et encore un livre qui évoque la Chine. Pur hasard! 
Mais à vrai dire, l'envie de lire m'a quitté un moment. J'étais allée voir ailleurs du côté des bandes-dessinées, reprenant cette passion des lignes accompagnées de dessins, si joyeusement expressives. Des lectures délicieuses dont je ne vous ai, bêtement, pas parlé!

Aujourd'hui nous allons parler d'une auteure américaine que j'affectionne depuis plusieurs années, j'ai nommé Lisa See. Adolescente, je suis tombée sur un de ses livres "Fleur de Neige" et j'ai accroché tout de suite. De fait, je me rue depuis sur ses livres à chaque sortie! 

Celui-ci je l'aurai attendu pendant deux ans, avant qu'il veuille bien sortir en France. 
"Ombre chinoises" s’inscrit comme la suite du roman "Les Filles de Shanghaï", roman que j’avais également adoré. Des récits de femmes inflexibles et courageuses face aux épreuves. 
Ce dernier narrait la fuite d’une mère et ces deux filles fuyant la Chine en guerre, forcées d’endurer la pauvreté, le viol. Perdant leur mère, les deux jeunes filles, Perle et May, mariées de force, subissent le long voyage vers les Etats-Unis et l’accueil réservé aux réfugiés et émigrés à Ellis Island. On suit leur périple et leur adaptation à Los Angeles, parqués dans le quartier de Chinatown où elles et leur famille tentent de survivre et finissent par trouver un équilibre.

La fin du roman "Les Filles de Shanghaï", nous laissait face à une révélation terrible, celle d'un secret de famille. En effet, Joy découvre que Perle, celle qui l’a élevé, n’est pas sa mère biologique, mais que sa vraie mère n’est autre que la sœur de Perle, May. Elle s’enfuit alors vers la Chine où elle souhaite retrouver son père biologique et se sent investie par la détermination de participer à la construction de celle que l’on a appelé "la Chine Nouvelle". 

"Ombre Chinoises" décrit la Chine communiste de Mao. Lisa See détaille son travail d’investigations relatif à cette époque, s’étant renseigné dans des villages, récoltant des témoignages, elle imagine ainsi le  "Dragon-Vert", commune populaire, comparable à de centaines d’autres en Chine. 

Un roman polyphonique qui fait entendre, en chœur, les voix de deux femmes, tantôt celle de Joy, jeune fille de 19 ans, persuadée de laisser, dans sa fuite, son passé, qu’elle prend pour un mensonge et le suicide d’un père, qui la fait souffrir ; tantôt celle de Perle, mère adoptive et tante de Joy, qui la suit au bout du Monde pour venir la chercher. Les voix de deux femmes discordantes, l’une remplie de fougue, et d’idéaux communistes, l’autre porte un œil critique et désillusionné sur ce "Grand Bond" en avant comme l’on nommé les communistes. 

Joy découvrira à ses dépends les failles de cette Chine communiste idéaliste, connaitra les pires souffrances, la famine, la maltraitance, alors qu’elle avait décidé de vivre au plus près des paysans d’une commune, celle du "Dragon-Vert", persuadée de faire le bon choix et de participer ainsi à la construction de cette Chine Nouvelle à laquelle elle croit profondément.
Elle se trouvera alors piégée à la campagne, où les paysans meurent par milliers de la famine et ne sont pas autorisés à quitter leur commune, alors que le gouvernement reçoit les dirigeants d’autres pays montrant la fausse abondance d’un pays qui décime sa population. Les pratiques décrites sont parfois insoutenables à la lecture, où les êtres humains ne sont ramenés qu’à leur propre instinct de survie.

Perle de son côté, se pliera aux travails dégradants et à la vie pauvre de Shanghaï, scandera les slogans obligatoires propres à la Chine communiste, jouera parfaitement le jeu tandis que son cœur est révolté par ce qui se passe dans son pays d’origine. Elle n’est motivée que par un seul but : retrouver sa fille.

J’ai aimé ce récit puissant de deux femmes fortes, qui n’aspirent qu’à se retrouver. On peut aisément s’identifier à Joy, personnage qui m’a rappelé les idéaux et la fougue de mes 18 ans, qui aboutiront à une désillusion cinglante et difficile à avaler. J’admire profondément le travail d’investigations fourni par l’auteure qui s’est rendue en Chine, pour ainsi être au plus proche de la réalité pour rédiger son roman. Roman n’est pas toujours synonyme "d’invention" ou "d'iréel", même si les personnages ne sont pas réels, le décor et la trame, eux, le sont. 

J'ai mis du temps à entrer dans l'histoire, mais une fois prise dedans je suis restée en haleine jusqu'à la dernière page. Servi par une bonne traduction, un joli style, ce roman est un régal.

A noter que cette suite peut aisément se lire indépendamment du roman "Les Filles de Shanghaï", bien que la logique voudrait que l'on se délecte des deux. Pour moi, il n'y a pas de différence, ce sont deux très beaux romans. L'avantage c'est l'évolution de la Chine que l'on perçoit entre l'un et l'autre.

Conclusion : Très bon roman!

Amoureux et amoureuses de la lecture, j'espère que vous prendrez le temps de lire mon pavé. Que voulez-vous quand je suis enthousiaste, je suis intarissable! J'espère que l'article vous plaira. On se retrouve vite pour la suite de mon séjour à Rome...


Quatrième de couverture : "Los Angeles, 1957. On retrouve les deux soeurs de Shanghaï, May et Perle, ainsi que la fille de cette dernière, âgée de dix-neuf ans, la fougueuse Joy. Bouleversée par les secrets familiaux qu'elle vient de découvrir, Joy décide de s'enfuir pour Shanghaï afin de retrouver son père biologique, l'artiste Z.G. Li, dont sa mère et sa tante May furent éprises par le passé. Séduite par sa personnalité et aveuglée par des idéaux révolutionnaires, Joy se jette à corps perdu dans le projet de la Nouvelle république populaire de Chine. Dévastée par le départ de Joy et craignant pour sa vie, Perle est déterminée à sauver sa fille, à n'importe quel prix. Elle devra affronter ses vieux démons et relever des défis insensés au cours de l'un des épisodes les plus dramatiques de l'histoire chinoise."

samedi 18 février 2012

Mes lectures #1 : "Shim Chong, fille vendue" de Hwang Sok-yong


 Aujourd'hui, j'inaugure une nouvelle rubrique que vous avez du remarquer dans ma sidebar : "Je lis donc je suis". Que Descartes m'excuse d'avoir détourné sa célèbre phrase, mais il me semble souvent que je n'existe qu'à travers la lecture ou encore l'écriture. 

Nombre d'entre vous m'ont réclamé une rubrique faisant part de mes lectures, alors qu'il en soit ainsi. 
Il faut tout de même savoir qu'après trois ans d'études de lettres, trois ans à me consacrer aux Grands Auteurs, j'ai décidé de me faire plaisir en matière de lecture! 

Mes doigts ont effleuré "Shim Chong, fille vendue" au rayon des romans étrangers. En lisant la quatrième de couverture, il m'a semblé que je pouvais retrouver le bonheur qui m'était resté après la lecture de "Geisha" d'Arthur Golden. Il faut dire que je suis passionnée par l'histoire des traditions asiatiques, notamment, romancée.

Je suis toujours fascinée par le récit de destin de femmes promises à une vie de misère, mais qui arrivent à se hisser vers le haut sans jamais se dépêtre de leurs déterminations. (Ça doit être mon côté féministe ça!) 
C'est le cas, pour ce roman "Shim Chong, fille vendue" de Hwang Sok-yong, directement inspirée d'une célèbre légende coréenne dont il n'a gardé que la trame, ainsi qu'un ancrage historique, celui du XIXe siècle. 

L'auteur plonge avec justesse dans les débordements que l'époque implique, à savoir le marchandage humain et l'esclavagisme sexuel. C'est le malheureux destin qui semble écrit pour Chong qui sera vendue à l'âge de 15 ans et qui ira de foyers, de personnes haut placées, en tant qu'esclaves, aux maisons de plaisirs qui fleurissent à l'époque, l'industrie de la prostitution y étant prospère. Mais c'est un portrait d'une femme forte, déterminée, froide que Hwang Sok-yong nous dépeint. Un personnage féminin, qui, s'il n'est pas attachant, ne peut qu'inspirer l'admiration. Une jeune femme, puis une femme qui garde la tête haute même devant les pires épreuves, parfois insoutenables à la lecture. 

On perçoit la quête, sous-jacente, de l'identité, puisque Chong changera de prénom à chaque civilisation qu'elle côtoiera, créant une certaine forme de schizophrénie alors qu'elle se regarde dans le miroir et qu'elle s'interroge sur le nouveau prénom dont on l'affuble, oubliant au fur et à mesure les anciennes identités qu'elle a porté. Des identités qui lui sont dictées, dont elle se défait comme d'un vêtement à chaque changement et qu'elle accepte sans broncher. Une attitude qui, parfois, m'a semblé difficile à comprendre, qui a fait que je ne me suis jamais vraiment attachée à elle.

Un roman à l'écriture délicate, sans jamais être niaise, une belle traduction qui nous fait voyager dans des îles lointaines. Sous ses apparences de roman, le livre cache un grand travail de documentation de la part de l'auteur, le rapprochant du domaine historique.

Pour finir, sans avoir retrouvé l'exaltation que j'avais ressenti à la lecture du roman "Geisha", mon avis est que ce livre est très bon, je le recommande!


Quatrième de couverture : " Dans la lourde fumée d'opium du pavillon des Bonheurs et des Plaisirs, Lenhwa, envoûtante geisha, circule parmi les joueurs de mah-jong alanguis. Autrefois nommée Shim Chong, vendue à 15 ans par son père à des trafiquants chinois et promise à une vie de misère, elle ne se résout pas à la fatalité et use de ses charmes pour entrer dans le cercle des nantis. Seul l'amour pourra freiner son ascension... "